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Méthodes de protection

On ne dispose pas de méthodes de lutte très performantes pour combattre cette redoutable bactériose. Il convient de tout faire pour éviter de l’introduire dans une exploitation. Une fois présente dans cette dernière, il conviendra d’être particulièrement réactif et persévérant afin de l’éradiquer. Les méthodes mises en œuvre varieront quelque peu en fonction du contexte de production (plein champ, abri en sol, abri hors sol).

 

  • En cours de culture

 

Dès que la ou les premières plantes malades sont détectées, il y a lieu de mettre en place rapidement un certain nombre de mesures complémentaires entre elles. En effet, on ne dispose pas à l’égard des bactéries en général, et de Clavibacter michiganensis subsp. michiganensis en particulier, de méthodes de protection très efficaces à ce stade. Si peu de plantes sont touchées, on doit les éliminer soigneusement, en prenant soin d’enlever tous les débris végétaux. Elles seront mises dans un sac plastique avant de les sortir de la culture et détruites rapidement. Une zone de quarantaine sera instituée autour de ce foyer, et un cordon sanitaire mis en place. Aucun personnel ne pénétrera dans cette zone sans autorisation. Elle sera travaillée soit par une équipe spécialisée, soit après le reste de la culture, en ayant le souci de porter des gants et des surchaussures, de désinfecter les outils pendant et après leur utilisation, et de changer de vêtements en quittant la zone.

Les ouvriers doivent se laver fréquemment les mains à l’eau et au savon. Il sera préférable qu’ils portent des gants qu’ils pourront désinfecter en plongeant les mains dans une poche contenant une éponge imbibée d’un désinfectant (Virkon-S par exemple). Les outils peuvent être désinfectés dans les mêmes conditions ou en les plongeant dans de l’alcool ou une solution d’eau de Javel. On doit être aussi attentif sur la qualité sanitaire des engins et du matériel employés dans la culture.

Des pédiluves doivent être installés à chaque entrée et remplis avec un désinfectant*(e-phy). On veillera à ce qu’ils soient fonctionnels tout au long de la saison. Les ouvriers doivent les utiliser en entrant et en sortant de la culture. On évitera les visites de la culture au maximum.

Le personnel doit être sensibilisé aux symptômes de la maladie afin qu’il puisse les détecter précocement au cours de leurs activités et prévenir immédiatement le responsable de culture.

Bien sûr, il convient d’éviter les irrigations par aspersion et de réduire au maximum les pulvérisations phytosanitaires. Il est aussi important de limiter l’irrigation si celle-ci est trop copieuse. Dans les zones de production particulièrement affectées, on se méfiera de l’eau d’irrigation, elle ne devra pas provenir d’une « eau de surface » ayant pu être souillée ; on lui préfèrera l’eau de forage ou d’adduction. En culture hors sol, si la solution nutritive est recyclée, elle doit être désinfectée car des contaminations sont possibles via les racines. Des expérimentations ont montré que si la solution est maintenue plusieurs heures à un pH 4 à 4,5, C. michiganensis subsp. michiganensis, qui n’apprécie pas les pH acides, est éliminé.

Les applications de cuivre* sur les plantes, longtemps suggérées, n’apporteraient que de minces avantages, d’autant que les pulvérisations réalisées peuvent avoir des répercussions sur la dissémination de la bactérie. Plusieurs formes de cuivre, t un autre produit sont autorisés à l’égard des bactérioses de la tomate (e-phy).

Si de nombreux foyers sont déclarés, la mise en oeuvre de ces mesures est plus difficile et fastidieuse, leur efficacité plus limitée.

En fin de culture, il faut impérativement mettre en oeuvre un « grand nettoyage » pour avoir quelques chances d’éliminer la bactérie de l’exploitation. Toutes les plantes doivent être éliminées. On évitera de générer de nombreux déchets organiques (folioles, fruits, graines, racines…) qui pollueront plus facilement l’exploitation.

En cultures sous abris, les substrats des cultures hors sol seront éliminés. Dans le cas de culture en sol, on évitera d’y enfouir trop de débris végétaux. Les structures des abris, les tuyaux de chauffage, les piliers, ainsi que tout le matériel et les outils qui auront pu entrer en contact avec des plantes malades seront soigneusement nettoyés au jet haute pression. Une désinfection sera réalisée par la suite avec une spécialité commerciale comportant plusieurs des produits* (e-phy). Un rinçage avec de l’eau non contaminée sera nécessaire.

En culture de plein champ, les débris végétaux, en particulier les tiges, devront être éliminés et brûlés car ils permettent à la bactérie de s’y conserver longtemps, parfois plus de deux années.

Les débris seront brûlés, chaulés ou transportés dans une déchetterie, et en aucun cas compostés.

 

  • Culture suivante

 

Lors de la culture suivante, il conviendra d’employer des semences saines. Un certain nombre de méthodes de désinfection des graines sont rapportées dans la littérature (macération au moment de l’extraction, traitement à l’acide acétique, à l’hypochlorite de sodium, à l’acide chlorhydrique). Si elles permettent de réduire la quantité de bactéries présentes sur les semences, elles ne les éliminent pas totalement. En Israël, les semences de tomate sont systématiquement traitées dans un mélange d’acétate de cuivre, d’acide acétique, de pentachloronitrobenzène, de 5-éthoxy-3(trichlorométhyl)-1,2,4-thiadiazol et de triton X-100 durant 1 heure à 45°C. Cette méthode semble efficace à l’égard des principales bactéries affectant la tomate.

Les lots de graines sont normalement contrôlés pour la présence de C. michiganensis subsp. michiganensis. Il semble techniquement difficile de pouvoir garantir une absence totale de cette bactérie dans les semences. On se méfiera des graines ou des plants de nouvelles lignées ou variétés destinées à des essais variétaux ; les graines sont souvent produites en faibles quantités, parfois dans des zones où la bactérie est endémique et les méthodes de protection insuffisantes ou inefficaces.

La pépinière est une période critique. En effet, la bactérie est souvent introduite dans cette dernière par l’intermédiaire des graines, et elle peut y avoir un développement insidieux. Ainsi, des contaminations latentes peuvent avoir lieu et passer inaperçues. Par la suite, des plants sans symptômes, mais contaminés, seront mis en place dans la future culture. On sera particulièrement vigilant lors de la production de plants greffés qui nécessitent de nombreuses manipulations à l’origine de la dissémination de cette bactériose. Il sera impératif dans ce cas de mettre en place des mesures d’hygiène optimales et de disposer de semences irréprochables.

Dans les pépinières traditionnelles, le terrain ou l’emplacement servant à réaliser les semis sera désinfecté à la vapeur ou avec un fumigant. On évitera les excès d’humidité et toutes pratiques conduisant à l’étiolement des plants. La fumure ne sera pas excessive, ni les densités de semis trop fortes. On maintiendra des conditions de milieu défavorables au parasite. Les mauvaises herbes présentes dans la pépinière ou à proximité seront détruites. On fera de même dans la future parcelle.

Des traitements au cuivre* à partir du stade une feuille (200 à 300 g cuivre métal/hl sous forme de bouillie bordelaise) sont préconisés par certains auteurs (e-phy).

Il ne faudra pas oublier d’éliminer ou de désinfecter tout le matériel (pots, tuteurs, ficelles…) utilisé lors de la précédente culture et qui aurait pu entrer en contact avec des plantes malades. Pour cela, vous pourrez utiliser de l’eau de Javel (titrant 12° chlorométriques, trempage durant 24 heures et rinçage à l’eau) ou une eau formolée (2 à 5 % de formol du commerce, trempage 1 heure et entreposage sous un film plastique 24 heures), ou un produit du commerce* (e-phy).

En culture en sol, un long assolement, d’au moins 3 années, sera mis en place. Le sol pourra être désinfecté avec un fumigant comme la chloropycrine. La solarisation permettrait de réduire fortement les dégâts occasionnés par le chancre bactérien, comme cela a pu être démontré en Grèce. Les mauvaises herbes, notamment celles appartenant à la famille des solanacées, seront détruites.

Dans les cas où les abris sont entourés de parcelles infectées, il pourra être judicieux de les enherber ou de les humidifier par des aspersions, afin que des poussières ne puissent pas être emportées par le vent dans les abris.
Une nouvelle fois, des pédiluves seront installés à chaque entrée et remplis avec un désinfectant. On veillera à ce qu’ils demeurent fonctionnels tout au long de la saison.

Plusieurs sources de résistances sont signalées dans la littérature. L’une d’elles, issue de Lycopersicon peruvianum var. ‘humifusum’, a été introduite chez la tomate par l’intermédiaire de L. chilense. Elle est contrôlée par un gène dominant (« Cm »), qui n’est pas allélique du gène présent chez L. hirsutum f. glabratum, et serait situé sur le chromosome 4.

Une autre résistance a été mise en évidence dans un croisement entre une accession de L. hirsutum (‘LA 407’) et L. esculentum. Deux loci sont responsables de cette résistance : « Rcm 2.0 » situé sur le chromosome 2 et « Rcm 5.1 » sur le 5.

Par ailleurs, des croisements entre L. esculentum (‘LA 6 203’) et L. parviflorum (‘LA 2 133’) auraient révélé une résistance polygénique. L. pimpinellifolium et L. racemigenum auraient permis d’obtenir une résistance de haut niveau au chancre bactérien.

Des variétés résistantes de tomate sont décrites dans la littérature, des programmes de sélection sont en cours ; leur commercialisation n’est cependant pas encore d’actualité !

Peu de produits paraissent efficaces à l’égard de cette bactérie. L’activateur de défenses naturelles (SDN), l’acibenzolar-S-méthyl qui est homologué en France, permettrait de réduire la sévérité de la maladie ainsi que la multiplication de la bactérie dans les plantes. Signalons plusieurs biopesticides qui révèleraient une activité anti-Clavibacter in vitro comme au champ : Pseudomonas fluorescens, P. putida, Bacillus subtilis… Enfin, à titre d’information, des suspensions d’ail et d’humâtes de tourbe manifesteraient une certaine efficacité.


Lutte chimique : Le nombre de pesticides disponibles pour un usage donné évoluant en permanence, nous vous conseillons de toujours confirmer votre choix en consultant le site e-phy du ministère de l’agriculture et de la pêche qui est un catalogue en ligne des produits phytopharmaceutiques et de leurs usages, des matières fertilisantes et des supports de culture homologués en France. Cette remarque est également valable pour tous les produits biologiques à base de micro-organismes ou de substances naturelles.

Dernière modification : 22/01/2015
  • Auteur :
  • D Blancard (INRAe)